L'Age du Théâtre en France / The Age of Theatre in France, éd. David Trott & Nicole Boursier, Edmonton, Academic Printing & Publishing, 1988, 374pp. Synthèse de clôture d'Anne Ubersfeld.
Articles de Michel Bareau, Georges-L. Bréubé, Pierre Bouillaguet, Micheline Bourbeau-Walker, Judith Chazin-Bennahum, Derrick de Kerckhove, James F. Gaines, Perry Gethner, Pierre Gobin, Julie C. Hayes, Roger Herzel, Raymond Joly, Harold C, Knutson, Dominique Lafon, François Moureau, Buford Norman, Patrice Pavis, Timothy J. Reiss, Jon Rowe, Antoine Soare, Françoise Siguret, Marie-Odile Sweetser, Robert Tomlinson, David Trott, Constant Venosoen, Max Vernet, Frances Wilkshire, Abby E. Zanger.
 
 
 
 
Introduction
    Ces dernières années, le concept de 'théâtre' s'est beaucoup élargi, grâce à la variété et à la multiplicité des études qui lui ont été consacrées. Ce concept d'un théâtre considéré dans sa totalité a été au centre du colloque international tenu à l'Université de Toronto du 14 au 16 mai, 1987. Le volume, L'Age du théâtre en France, augmenté de l'article de Timothy Reiss, réunit les actes du colloque.

    Alors que ne cessent d'évoluer les analyses textuelles fondées sur des approches thématique, archétypale, psychocritique, sémiotique et/ou idéologique, l'insistance au 20e siècle des disciples d'Antonin Artaud sur une théâtralité située en dehors du texte écrit a fortement contribué à mettre l'accent sur les arts annexes de la littérature, tels que la décoration scénique, l'architecture des salles, la danse, la musique et le mime. Par ailleurs, le glissement des théories textuelles de la production du sens vers sa réception a valorisé les études de la perception du spectacle.

    Longtemps présenté sous l'angle des seules dramaturgies baroque, classique et bourgeoise, on bien comme une facette parmi d'autres de la moralité louis-quatorzienne ou de la contestation 'philosophique,' le théâtre des 17e et 18e siècles est en train de retrouver la richesse qui fut sienne, grâce à une diversification des objets et des méthodes d'analyse proposés. Cette nouvelle ampleur historico-théorique lui assure en outre une spécificité coupant à travers les frontières qui depuis trop longtemps séparent les dix-septiémistes des dix-huitiémistes, ou les 'littéraires' des théoriciens et historiens du spectacle.

    Il a fallu les appels célèbres d'un W.G. Moore et d'un René Bray pour que nous centrions notre regard sur la théâtralité de la littérature dramatique de 'l'âge du théâtre.' Depuis, nous avons été amenés à redonner au fait théâtral de l'Ancien Régime toute l'importance qu'il mérite. A l'heure actuelle, nous assistons aux efforts du chercheur australien Dene Barnett pour recréer les conditions matérielles exactes de la représentation dite 'ancienne' (déclamation et gestualité baroques); d'autre part,  nous suivons les effort d'actualisation des conventions du personnage-type et du jeu masqué de la troupe parisienne d'Ariane Mnouchkine dans L'Age d'or. Une même volonté de faire entrer le théâtre des 17e et 18e siècles dans la modernité critique anime les théorisations de Michel Corvin et de Patrice Pavis, ainsi que les mises en scène modernes de Roger Planchon, d'Antoine Vitez et de Patrice Chéreau.

    Le souci de marier une remise en contexte avec l'actualisation se fait sentir également au niveau de l'analyse des textes et documents. Il suffiirait de citer l'essor récent en France des études de dramaturges méconnus, ou d'évoquer en Amérique de Nord les lectures idéologiques telles que les pratiquent Timothy J. Reiss. L'Age du théâtre en France permettra donc de faire une première mise au point du nouveau champ de réflexion cerné par notre titre, en y incorporant des recherches récentes de l'étranger. D'autre part, ce volume contient les travaux de nombreux chercheurs canadiens travaillant sur 'l'âge du théâtre en France' et leur offre un 'forum' à la fois pluridisciplinaire et international représentatif des recherches et pratiques de pointe dans ce domaine.

 
Toronto, mai 1988