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De l'improvisation au Théâtre des boulevards: le parcours de la parade entre 1708 et 1756.
Publié dans La Commedia dell'Arte, le théâtre forain et les spectacles en plein air en Europe (XVIe-XVIIIe siècles), Paris: Klincksieck, 1998, pp. 157-165.


 
 

Etudes de Richard Andrews, Danièle Becker, Philiep Bossier, Lucien Clare, Francis Claudon, Françoise Dartois-Lapeyre, Françoise Decroisette, Barbara Judkowiak, François Laroque, Irène Mamczarz, Isabelle Martin, Alain Niderst, Jan Okon, Margherita Orsino, Corinne Pré, Dominique Quéro, Péter Sàrközy, David Trott, Jean-Marie Valentin.

publiées sous la direction
d'Irène MAMCZARZ, Directeur de Recherche au C.N.R.S.
Préface de
Jean MESNARD, Professor Honoraire à la Sorbonne
Présentation de Jacques TRUCHET, Professeur Honoraire à la Sorbonne


(Début de version non-annotée d'une communication présentée le 30 septembre 1996 au colloque international "La Comédie dell'arte et le Théâtre Forain, XVIe-XVIIIe siècles, Paris-Artenay, sous les auspices du CNRS. )
Copyright © David Trott

La publication en 1756 de 25 parades et 3 préfaces dans le Théâtre des boulevards se présente comme une consécration de cette forme théâtrale. Par ailleurs, elle clôt un demi-siècle de transmutations qui donnèrent aux parades leurs formes et contenus spécifiques d'alors. L'Histoire théâtrale et la science bibliographique nous offrent au mieux une vision floue de cette évolution; les versions se contredisent, les hypothèses abondent, les incertitudes persistent. Nous ignorons par exemple si le Théâtre des boulevards est principalement l'oeuvre de Thomas-Simon Gueullette (1683-1766) ou de Charles-Alexandre Salley (vers 1700-1761), si les parades viennent de farces françaises ou de scènes pillées du théâtre italien, si les origines du genre remontent aux débuts du 18e siècle ou bien aux environs de 1729-30. Nous restons incapables d'établir une chronologie même approximative de la multitude de petites pièces classées dans les archives comme parades. Il en est jusqu'aux textes recueillis dans l'édition de 1756 qui laissent perplexes quant aux dates de leur première composition; ce qui est certain est qu'ils ne sont pas tous du milieu du siècle. L'émergence des parades imprimées de 1756 appelle donc une série d'interrogations sur leur nature, leurs origines et leur signification.

A un moment où renaît l'intérêt pour les racines populaires et longtemps niées du théâtre du 18e siècle, cet article se veut la tentative de mise au point d'un corpus dispersé, manuscrit pour la plupart, de quelque 95 "parades" avant qu'elles n'aient été fixées par l'impression, et des problèmes d'ordre méthodologique que leur étude nous semble soulever. Au dévouement des descendants de Thomas-Simon Gueullette, à qui nous devons Les Fausses Envies de 1878 et les Parades inédites de 1885 (éd. Charles Gueullette) ainsi que les Notes et souvenirs sur le Théâtre italien et Un Magistrat du XVIIIe siècle, ami des lettrés, du théâtre et des plaisirs , nous pouvons enfin ajouter des ré-éditions telles que celles de Léandre fiacre, La Chaste Isabelle et Isabelle grosse par vertu que Jacques Truchet a incluses dans son Théâtre du XVIIIe siècle , et l'édition critique par Pierre Larthomas des Parades de Beaumarchais.

Il importe d'amplifier de tels efforts. Alors que le travail de récupération des textes et des réputations individuelles est loin d'être achevé, nous croyons qu'il est désormais possible de poser quelques principes et d'établir des faits généraux pour orienter les recherches à venir. A de futurs auteurs de thèses de les mettre à l'épreuve et de les modifier au besoin par des études en profondeur et de plus longue haleine....

Le fonds volumineux des parades manuscrites avant 1756 se répartit principalement entre La Bibliothèque Nationale, La Bibliothèque Historique de la Ville de Paris et la Bibliothèque de l'Arsenal; une vingtaine de cotes , chacune représentant une à trente parades. Des versions multiples du même texte, rarement accompagnées d'une date et plus rarement encore indiquant un nom d'auteur, ne nous permettent d'établir ni un ordre des textes ni une quelconque attribution solide. Par conséquent, notre travail de dépistage sera nécessairement provisoire. Sur la part des auteurs de ces divers textes, nous ne savons guère plus, si ce n'est la récurrence de certains noms autour desquels nous nous proposons d'élaborer ce début de reconstitution.

Trois auteurs principaux--Gueullette, Salley et Collé--, trois catégories de parades--parades de charlatans, parades foraines, parades de société--, et trois sous-catégories de cette dernière--suite de segments courts, variation du récit archétypique, interrogations formelles, nous permettront d'effectuer une première schématisation de cet encombrant corpus.

L'idée de parade renferme d'emblée une connotation d'enchaînement dans un ensemble plus vaste que, le plus souvent, elle annonce mais qu'elle peut aussi achever. L'important est que la parade renvoie nécessairement à autre chose pour compléter un, ou des, sens à peine effleuré(s). Au 18e siècle, elle pouvait être de plusieurs types: l'intermède-divertissement inscrit dans une stratégie de vente de remèdes par un vendeur des places publiques; la séquence de quelques scènes amusantes jouée par deux ou trois acteurs devant un théâtre pour donner envie à la foule de voir le spectacle complet à l'intérieur; la petite pièce jouée dans l'intimité d'une société particulière, généralement dans le plus grand contexte de collations, de fêtes et/ou de galanteries. Difficile donc sinon impossible d'aborder l'étude des parades par le biais d'une oeuvre individuelle--elles se ressemblaient toutes!--ou d'un auteur spécifique--on travaillait collectivement à des scénarios et textes qui étaient rarement imprimés et qui par conséquent n'étaient la propriété de personne.

En outre, la parade est liée à des goûts dits "populaires" et que la bonne société préférait désavouer: prononciation incorrecte codée--les "cuirs"--, propos volontiers scatologiques et sexuels, jeux de mots faciles et incorporation de proverbes. "Dits" populaires, car ce sous-genre de la comédie plaisait au monde entier et se pratiquait à tous les niveaux sociaux, du plus modeste au plus élevé.

Il n’est pas question dans cette présentation rapide d'aborder le problème des origines lointaines des parades. Nous nous limiterons essentiellement à la forme particulière que le 18e siècle nous légua, la parade de société. Il y a deux versions de ses origines, et qui se ressemblent étrangement : celle qui l'attribue à Gueullette... et celle qui l'attribue à Salley. C'est pour ainsi dire, le "mythe" des origines de la parade de société. Nous examinerons le développement des parades de société dans la perspective des apports respectifs de Gueullete, Salley et Collé.

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