| «3 Août [1767]. La fête que
M. le Chevalier d'Arcq a donnée aujourd'hui à Madame la Comtesse
de Langeac étoit destinée pour le jour de la Madeleine,
Patrone de cette Dame; mais certains préparatifs ayant manqué...
elle n'a eu lieu que ce soir.//Cette fête a commencé par une
Lotterie, une Lanterne Magique, des Jeux de Gobelets, &c. par tous
les petits amusemens qui peuvent précéder un grande &
magnifique souper. Ensuite le spectacle s'est ouvert. // Il y a d'abord
eu un prologue de la composition de M. le Chevalier d'Arc, exécuté
par les enfans de Madame la Comtesse. On se doute bien qu'il y avoit beaucoup
d'esprit & des choses très-flatteuses pour la mere & le
Ministre [comte de St. Florentin]. // On a ensuite exécuté
l'Acte de Vertumne & Pomone , qui doit faire partie des Fragmens
que les nouveaux directeurs se proposent de donner à l'Opéra.
Les principaux auteurs [sic] étoient le Gros & Mlle. Rosalie.
(...) // L'Opéra Comique qui a succédé, étoit
intitulé le Bouquet, piece toute nouvelle, mêlée
d'ariettes, dont Audinot est le prête-nom, mais de plusieurs auteurs
en société. La Musique, très-agréable, est
aussi un mêlange de différens compositeurs. Audinot y a joué,
ainsi que Clairval, Mlle. Mandeville, &c. & Mlle. Dubricule, quoique
de l'Opéra, n'a point cru dégrader la noblesse d'un spectacle
du second ordre. Ce qui a enchanté & ravi dans ce Drame, est
le [sic] fille d'Audinot, âgée de six ans. Elle a déclamé;
elle a chanté, touché du clavecin, dansé un menuet
& des entrées, & a reçu des applaudissemens dans
tous les genres. C'est un prodige de la nature encore plus que de l'art.
// M. Poinsinet a donné un plat de sa façon auquel on ne
s'attendoit pas, une parade la plus parfaite, c'est-à-dire la plus
obscene & la plus orduriere; elle a pour titre l'Ogre. C'est en effet
un Ogre, qui pour se ragoûter demande à son confident de la
chair fraîche. Il lui faut une fille de quinze ans, &c. Bellecour
faisoit l'ogre, Auger le confident, & Madame Bellecour étoit
la chair fraiche, On peut juger du reste. Pour purifier ces gueules dégoûtantes,
il n'a fallu rien moins que tout le feu du ciel, concentré dans
un feu d'artifice très-chaud, très-rapide, terminé
par une illumination charmante, qu'a remplacé le jour auquel tout
le monde s'est retiré.» (Bachaumont,
III, 210-212) |