FRE 335H5F
Teaching and Learning French with New Technology

Section LEC0101

2009-2010

Notes de la semaine 2

Une typologie des applications didactiques

1. La didactique

"La didactique est l'étude des questions posées par l'enseignement et l'acquisition des connaissances dans les différentes disciplines scolaires. [...] La didactique se différencie de la pédagogie par le rôle central des contenus disciplinaires et par sa dimension épistémologique (la nature des connaissances à enseigner)." (Wikipédia)

La différence essentielle entre la didactique et la pédagogie se trouve dans le rapport entre l'enseignant et le contenu à enseigner pour ce qui est de la didactique, et dans le rapport entre l'enseignant et les apprenants pour ce qui est de la pédagogie. Si on reprend le triangle pédagogique, tel qu'il est présenté dans Elkabas, Trott et Wooldridge 1999 ("Contributions de l'approche cybernautique à l'enseignement/apprentissage des langues secondes (L2)", CHWP A13) :
didactique = rapport entre l'agent (l'enseignant) et l'objet (par ex., la langue française)
agent <=> objet

pédagogie = rapport entre l'agent et le sujet (l'apprenant) et l'espace d'apprentissage ("E")
agent <=> sujet
agent <=> "E"

on dira que la didactique se situe dans le rapport entre l'agent (l'enseignant) et l'objet (par exemple, la langue française), alors que la pédagogie se situe dans les rapports que l'agent entretien avec le sujet (l'apprenant) et l'espace d'apprentissage ("E" dans le diagramme).

Un didacticiel est, selon les termes de Wikipédia,

Le mot de didacticiel est une combinaison des deux mots logiciel (angl. "software") et didactique. Le marché des didacticiels sur CD-ROM et DVD-ROM payants, très développé à l'époque des laboratoires multimédia (grosso modo les années 1990) se voit concurrencer et remplacer de plus en plus par les applications didactiques disponibles, le plus souvent gratuitement, dans le World Wide Web. C'est ce dernier médium qui sera mis de l'avant dans les exemples qui suivent.

2. Types d'applications

Une façon de faire une typologie des applications didactiques est de classer ces dernières d'après le moyen ou type d'apprentissage et les réalisations ou objectifs correspondants. Le tableau suivant – modification d'un tableau pris dans Margerie & Pelfrêne 1990 (Charles de Margerie & Arnaud Pelfrêne, Parole d'ordinateur : Informatique et pédagogie, Paris : Hatier-CREDIF) – nous servira à cet égard.

Moyens/Types d'apprentissage Réalisations/Objectifs
tutorat enseignement programmé
entraînement exercice programmé
conceptualisation programmation pédagogique
expérimentation simulation pédagogique
information base de données
analyse aide au calcul
interprétation aide à la compréhension
production aide à l'expression
organisation aide à la gestion

Voyons maintenant des applications didactiques spécifiques qui exemplifient chaque moyen et type de réalisation. Les liens du tableau ci-dessus permettent d'aller directement à la section traitant de chaque moyen/réalisation.

2.1. Tutorat – enseignement programmé

Au sens large, un tutoriel a pour but d'enseigner une partie spécifique d'un programme. Il inclut alors l'enseignement des règles, la présentation des concepts inhérents à la matière visée, l'évaluation de la compréhension de l'élève et la pratique de l'enseignement à l'aide d'exercices spécifiques et appropriés.

2.2. Entraînement – exercice programmé

La différence entre enseignement programmé et exercice programmé est relative : un enseignement programmé est composé d'un nombre de modules ou d'éléments disposés selon le sous-domaine (grammaire, vocabulaire, orthographe, etc.) ou le temps (progression du plus facile au plus difficile ; horaire des cours et des trimestres dans le cas d'un enseignement institionnel) ; les parties d'un enseignement programme comprennent forcément des exercices programmés.

Les questionnaires à choix multiple (QCM) sont des exercices aimés de beaucoup d'enseignants, puisqu'ils sont assez faciles à composer et très faciles à corriger. Mais que testent-t-ils ? La compréhension de la matière enseignée (c'est le but avoué) ou la logique inhérente à la plupart des QCM ? Cf. l'exemple de la connaissance du code de la route dans les tests de conduite automobilière passés par RW en Angleterre, en France et en Ontario : dans les tests anglais et français, les questions ont été posées de vive voix par l'examinateur – il fallait bien connaître le code pour y répondre ; dans le test ontarien, les questions sur le code de la route étaient posées dans un QCM que l'on remplissait à tête reposée – certaines des réponses proposées étaient absurdes et un peu de logique permettait de bien répondre aux questions sans difficulté.

Exemple de l'exercice sur les expressions idiomatiques sur le site Bonjour de France :

Remarque critique. Dans ce qu'il est convenu d'appeler une "expression idiomatique", le sens global est autre chose que la somme des parties. Par exemple, le sens de il n'y a pas de quoi ne fait pas partie du paradigme il n'y a pas de sucre/difficulté/erreur ; il est synonyme de bienvenu (français canadien) ou je vous en prie. En ce qui concerne l'exercice de Bonjour de France, on peut dire que pour chacune des expressions idiomatiques, on peut éliminer au moins une des réponses proposées puisque basée sur le sens littéral d'un des termes de l'expression. Par exemple : le foudre (n° 1) peut tuer (cf. réponse a) et est souvent accompagné de pluie (cf. réponse c) ; le lapin (n° 2) fait souvent partie du menu d'un restaurant (cf. réponse b), après qu'on l'a fait cuire au four (cf. réponse c).

2.3. Conceptualisation – programmation pédagogique

On placera ici les systèmes experts, employés dans certains domaines aux concepts et vocabulaires limités (problèmes psychiatriques, menus téléphoniques par reconnaissance de la voix...) mais peu utilisés dans l'enseignement des langues où le nombre de concepts est illimité et l'ambiguïté est omniprésente. Selon Wikipédia,

Nota. Comme la traduction automatique, les systèmes experts de l' "intelligence artificielle" appartiennent à l'époque utopique où on croyait que l'ordinateur était capable de tout, y compris la reproduction par la machine des capacités du cerveau humain en matière de langage et de raisonnement. Aujourd'hui les réalisations dont on dispose sont assez rudimentaires, bien qu'on continue dans nombre de laboratoires à travailler sur des projets ambitieux dont des automatisations de processus sémantiques et syntaxiques.

2.4. Expérimentation – simulation pédagogique

Il y a les simulations sur CD-ROM, DVD-ROM ou cassette vidéo. Dans "Quel avenir pour les musées?" (sept. 1999; document en format PDF – ce document n'est plus en ligne ou, du moins, n'est plus à l'adresse signalée il y a quelques années), on lisait : "Une autre conséquence du développement du musée virtuel est le développement de l’edutainment, c’est-à-dire d’une approche de présentation d’un contenu muséal qui combine la production d’une information à visée éducative avec un environnement ou un mode d’exposition ludique. Un exemple de cette combinaison est fourni par un jeu video qui propose une visite du château de Versailles par le biais d’une enquête policière."

Dans le domaine de l'apprentissage de la langue, et justement par le biais de l'enquête policière, on peut mentionner le site web :

La simulation a explosé avec l'avènement du Web. Le Web offre une pléthore de ressources qui peuvent servir d'exercices de simulation. Il y aurait en fait deux types de simulation : a) une ressource qui est par nature une simulation de la réalité, tel le site Polar FLE. Apprendre le francais avec l'inspecteur Roger Duflair (cf. ci-dessu), basé sur l'idée du roman policier (ou polar, en français familier), comme c'est aussi le cas du Chien jaune de Georges Simenon (cf. section 2.6.) ; b) une ressource du monde réel qui peut servir d'exercice de simulation dans le contexte d'un cours d'apprentissage de la langue, telle la page de la SNCF (Société nationale des chemins de fer) permettant d'acheter son billet de train en ligne ou de s'informer sur l'horaire des trains – soit on simule un voyage, soit on s'informe ou on achète dans le but de faire un vrai voyage. On appellera le premier type de simulation simulation-fiction et le deuxième type simulation du réel.

2.5. Information – base de données

Depuis l'avènement du World Wide Web, on parle de Révolution informationnelle. C'est que le Web lui-même est la plus grande base de données qui ait jamais existé. Le terme de base de données date du moment où, dans le monde de l'informatique, les données engrangées dans l'ordinateur deviennent accessibles, soit en lecture linéaire (exemple du traitement de texte qui dispose un texte linéairement pour lecture "normale"), soit en lecture (ou consultation) tranversale ou catégorielle (par exemple, selon les champs – auteur, titre, sujet, date, lieu de publication, etc. – d'un tableur ("spreadsheet") représentant un catalogue de bibliothèque). C'est la possibilité de faire une lecture transversale et catégorielle qui transforme le texte ou ensemble de textes en base de données. Par exemple, on demande au moteur de recherche de trouver dans le Web tous les documents qui contiennent l'expression base de données (lecture transversale) en limitant la recherche aux noms de domaines en .ca (restriction catégorielle : il s'agit de sites canadiens).

Le Web contient aussi des bases de données particulières, dont nous allons regarder quelques types. Dans le domaine de la langue vue sous l'angle de l'enseignement ou de l'apprentissage, on trouve dans le Web des dictionnaires, que l'on consulte comme des bases de données.

Il s'agit, pour les exemples 2 et 3, de dictionnaires existant d'abord sur papier avant d'être informatisés. Dans le domaine de ressources créées en ligne, il faut mentionner deux grandes ressources rendues possibles par ce qu'on appelle le Web 2.0, c'est-à-dire le Web interactif.

Voisines des dictionnaires sont les bases de données littéraires, lexicales, lexicologiques et textuelles.

Nota. Les bases de données électroniques offrent certaines fonctions qui sont difficiles ou impossibles à réaliser dans les bases de données diffusées sur papier. Par exemple, le dictionnaire est par sa structure une base de données : les informations véhiculées sont traditionnellment structurées dans ce qu'on appelle la nomenclature, ou macrostructure, et dans des articles organisées au niveau de la microstructure. La macrostructure contient les unités lexicales (les "mots") généralement rangées par ordre alphabétique ; la microstructure renferme les informations linguistiques données dans un ordre récurrent : par exemple, orthographe, prononciation, catégorie grammaticale, étymologie, définition(s) du (ou des) sens chacune suivie d'exemples d'emploi, synonymes, antonymes, homographes. Le dictionnaire papier permet la consultation de la macrostructure (étape de repérage), puis la lecture de la microstructure de telle ou telle unité lexicale. L'ordre alphabétique regroupe tous les mots commençant par telle ou telle suite de lettres (par exemple, les mots en anti-) et permet d'aller de la forme écrite d'un mot à sa forme orale (prononciation). L'inverse n'est pas possible : avec le dictionnaire papier, on ne peut pas regrouper les mots se terminant par telle ou telle suite de lettres (par exemple, les mots en -tion), ni peut-on retrouver la forme écrite en partant de la forme orale d'un mot.

Ces dernières fonctions deviennent possibles dans le dictionnaire électronique, qui n'étant que virtuel peut se réaliser de différentes façons. Par exemple, Le Petit Robert sur CD-ROM peut afficher son contenu selon la structure de base du dictionnaire papier (sur l'écran principal, la nomenclature s'affiche dans l'ordre alphabétique des mots dans la colonne de gauche, alors que la microstructure du mot choisi s'affiche à droite comme dans le dictionnaire papier). Il peut aussi réaliser et afficher les informations qu'il contient selon des fonctions spéciales : par exemple, les anagrammes, les mots en -tion ou -ment, la (ou les) forme(s) écrite(s) correspondant à telle ou telle forme orale, les citations de tel ou tel auteur, les occurrences de tel ou tel mot dans tout le texte du dictionnaire. (Voir la page à part concernant Le Petit Robert sur CD-ROM.)

On dira alors que le dictionnaire papier offre un accès hiérarchique du haut vers le bas et que le dictionnaire électronique offre des accès multiples non hiérarchisés à l'avance :

Dictionnaire papier     Dictionnaire électronique

Le dictionnaire – comme l'annuaire téléphonique, l'encyclopédie ou le catalogue de bibliothèque – est un texte discontinu, composé d'un ensemble ordonné d'articles (l'anglais exprime mieux la notion générique par le mot record, "an ordered collection of records"), que l'on consulte ; le roman ou la lettre ou le poème ou la pièce de théâtre sont des genres de textes continus que l'on lit (ou écoute) depuis le début jusqu'à la fin.

Les bases de données électroniques engrangent toutes les informations, "utiles" ou "inutiles" (on peut parler de la mémoire totale de la machine), alors que l'être humain n'engrange que des informations sélectives dans sa mémoire. "J'ai déjà rencontré le personnage X dans ce roman (ou article de journal), mais où? à quelle page? (c'était une page de gauche, mais quel numéro de page?) dans quelle colonne de l'article? combien de fois l'auteur a-t-il déjà parlé de ce personnage? qu'a-t-il dit à son propos?". La "mémoire totale" de la machine est capable d'afficher tout de suite les réponses à toutes ces questions.

2.6. Analyse – aide au calcul

Les bases de données, dont il a été question dans la section précédente, livrent automatiquement des calculs. Par exemple, si j'interroge le Web à travers les pages francophones de Google, les résultats d'une interrogation faite le 26 septembre 2004 comprennent l'information que le mot pourriel a été trouvé dans "un total d'environ 14 500 pages en français", alors que le mot spam se trouve dans "un total d'environ 700 000 pages en français".

De même, les bases d'ARTFL et du TLFQ indiquent la fréquence d'occurrence de tel ou tel mot ou expression. Nous donnons ci-dessous deux autres exemples de bases de données textuelles accessibles en ligne qui offrent différents types d'analyses statistiques :

2.7. Interprétation – aide à la compréhension

Le Web foisonne d'outils d'aide à la compréhension de l'écrit à commencer par le Web lui-même comme corpus d'usages linguistiques (nous y reviendrons plus tard dans le cours). La langue orale est moins bien servie. Commençons par l'écrit.

Lorsqu'on est en train de lire un texte et qu'on rencontre un mot ou une expression que l'on ne comprend pas, ou que l'on ne comprend qu'à moitié ou qui frappe d'une façon ou d'une autre (expression imagée ou qui semble nouvelle, par exemple), le premier réflexe que l'on a aujourd'hui est de vérifier le mot ou l'expression dans le Web, d'y étudier le concept quand il s'agit d'une chose ou d'un processus.

Tous les exemples suivants sont des ressources à accès libre en ligne.

Dans les sections 2.5 et 2.6, nous avons vu l'utilité des bases de données textuelles pour la recherche de mots ou expressions. L'exemple d'application suivant offre un certain nombre de textes à la fois en mode de lecture normale et aussi en lecture transversale.

Une autre ressource que nous avons déjà vue dans la section 2.1 propose différents types d'aide à la compréhsion de l'écrit et de l'oral :

Deux autres exemples d'aide à la compréhension de l'oral par une transcription écrite des paroles :

Nota. Quand on lit un texte imprimé sur papier ou affiché à l'écran et qu'on rencontre un mot ou expression qu'on ne comprend pas ou qu'on comprend mal, ou sur lequel on aimerait en savoir davantage, on trouve un grand nombre de ressources en ligne qui aident à la compréhension. D'abord, un moteur de recherche, tel que Google, retrouve à travers le Web un grand nombre de textes qui contiennent une occurrence du mot. À l'intérieur du Web, il y a des sites spécialisés offrant des informations sur les mots ou sur les concepts : Wikipédia traite beaucoup de termes sous l'angle du sens du mot et d'une description du concept exprimé par les mots (par exemple, le mot didactique et le domaine de la didactique) ; les dictionnaires en ligne, tels que le TLFI ou le PR sur CD-ROM, donnent des articles détaillés sur les propriétés linguistiques des mots. Dans le cas des textes oraux, il y a des sites comme French Audio Gazette at CHASS ou Auditorium qui aident à la compréhesion de l'oral en donnant une transcription écrite de textes lus ou de chansons.

2.8. Production – aide à l'expression

Le traitement de texte offre quelques outils linguistiques simplistes comme l'incise ("hyphenation") et la vérification de l'orthographe ("speller"). Le Web contient quelques outils de ce genre :

Comme l'intelligence artificielle (cf. ci-dessus) et la traduction automatique, mais à un degré moindre, l'idée d'une automatisation de l'analyse syntaxique a fait rêver plus d'un. La recherche dans ce domaine a toutefois donné lieu à quelques didacticiels utiles payants comme Hugo ou Correcteur 101. Regardez l'article "Le correcteur grammatical : un auxiliaire efficace pour l'enseignant ? Quelques éléments de réflexion" publié en ligne en 1998 dans la revue ALSIC. Plus intéressant est le didacticiel en ligne gratuit BonPatron, correcteur de grammaire et d'orthographe, que nous examinerons dans la semaine 10.

Parmi d'autres outils utilisés pour l'expression langagière, mentionnons aussi les dictionnaires dont il a été question dans la section précédente.

Encore une fois, l'écrit est mieux servi par les nouvelles technologies que l'oral. Pour ce qui est de l'expression orale, rien n'est encore – et vraisemblablement ne le sera jamais – venu remplacer l'essentiel face-à-face humain du vécu quotidien du séjour dans une région où on parle la langue que l'apprenant veut maîtriser. En ce qui concerne des aides à l'expression écrite, les ressources sont assez rudimentaires. Des sites comme Orthonet ou Le conjugueur peuvent donner des réponses ponctuelles concernant l'orthographe des mots ou la conjugaison des verbes, informations que l'on retrouve déjà soit dans les dictionnaires imprimés ou dans les logiciels de traitement de texte, soit de façon peut-être plus satisfaisante dans Le Petit Robert sur CD-ROM. On verra des produits plus sophistiqués quand on étudiera "Les didacticiels en réseau local et l'aide à l'expression écrite" (semaine 10). La compréhension est mieux servie par les machines que l'expression, ce qui nous mène à dire un mot sur les habiletés langagières et les nouvelles technologies (voir ci-dessous).

2.9. Organisation – aide à la gestion

Cette dernière catégorie n'a rien qui intéresse spécifiquement l'enseignement/apprentissage d'une langue, outre le fait que souvent on organise les choses dans des catégories nommées par des mots. On peut organiser son courriel en ligne ou sur son ordinateur personnel ; on peut gérer ses comptes et opérations bancaires en ligne ; on organise les fichiers de son ordinateur à l'aide d'un gestionnaire de fichiers ("file manager") ; on peut se servir d'un tableur ("spreadsheet") pour gérer une liste d'étudiants avec les notes du cours ; on peut organiser le programme d'un cours à partir d'un site web (exemple du cours FRE 335) ; etc.

Les nouvelles technologies et les habiletés langagières

D'abord, dans quelle mesure les habiletés langagières sont-elles des activités sociales ou des activités solitaires? La lecture, l'expression écrite et la compréhension auditive sont essentiellement des activités solitaires, du moins pour l'adolescent et l'adulte (l'enfant apprend la langue et s'exprime en milieu social) : on est seul quand on lit un manuel, un journal ou un roman ; on écrit tout seul en classe, à la bibliothèque ou à la maison ; on écoute soit en groupe (salle de classe, en famille devant la télévision) ou tout seul (par exemple, quand on écoute la radio dans sa chambre), mais la compréhension de ce qu'on entend se fait essentiellement en autonomie. On peut demander au Web, au dictionnaire ou à une autre personne, le sens ou l'orthographe de tel ou tel mot, de telle ou telle chaîne de sons ("que veut dire X?", "comment écrit-on [X]?", "qu'est-ce qu'elle a dit?", etc.). Donc on a besoin de modèles ponctuels. Pour écrire mieux on a besoin de modèles plus suivis, d'où une partie des fonctions du professeur ou la fonction de base du laboratoire de rédaction ("writing lab") ; il y a aussi le modèle indirect donné par la lecture : plus on lit, mieux on écrit. Bref, pour la compréhension (de l'oral ou de l'écrit), on a besoin de modèles ponctuels ; pour l'expression écrite, on a besoin de modèles suivis.

À l'opposé des trois autres habiletés, l'expression orale n'a de sens que dans un contexte social : pour ne pas être pris pour un fou ou une folle, on a besoin d'un interlocuteur quand on parle. L'expression orale est aussi différente de l'expression écrite en ce que la première est immédiate (on parle directement à son interlocuteur, qui doit essayer de comprendre sur le champ), alors que la seconde se fait en différé ou en deux temps : on écrit à un moment donné, mais son lecteur prendra connaissance du texte produit (lettre, composition, roman) à un autre moment, plus tard. S'exprimer oralement signifie idéalement s'exprimer avec aise, s'exprimer idiomatiquement. L'adolescent ou l'adulte est-il à l'aise oralement en langue seconde dans la classe de L2? S'exprime-t-il bien, de façon idiomatique, dans les groupes de conversation où il converse avec d'autres apprenants? Dans quelle mesure faire une réservation simulée d'une chambre d'hôtel parisien dans un groupe de conversation à Toronto (l'étudiant A joue le client, l'étudiante B joue l'hôtelière) correspond-il à la vraie réservation d'une chambre d'hôtel à Paris lorsqu'on se retrouve devant une vraie hôtelière parisienne?

On peut conclure de ce qui précède : que l'on peut améliorer la compréhension de l'écrit et tout seul et dans le cours de langue et à l'aide des nombreuses ressources du Web ; que l'on peut améliorer la compréhension auditive et tout seul et dans le cours de langue et à l'aide de certaines ressources du Web (moins nombreuses que pour la lecture) ; que l'on peut améliorer l'expression écrite et tout seul (surtout à travers la lecture) et dans le cours de langue ou au labo de rédaction et, de façon ponctuelle, à l'aide de certaines ressources en ligne (ou imprimées). Pour l'expression orale, on ne peut vraiment améliorer sa performance qu'avec des interlocuteurs natifs dans un milieu où on parle la langue qu'on apprend – les nouvelles technologies n'offrent rien d'efficace dans ce domaine de la langue.

[À noter qu'il s'agit ici en grande partie des convictions de RW et que des revues comme ALSIC continuent à publier des articles sur l'apprentissage de toutes les quatre habiletés langagières dans le contexte du cours de langue. L'enseignant est payé pour enseigner les quatre habiletés, alors il faut essayer de s'y faire.]