FRE 375 Comparative Stylistics
2e trimestre 2008-2009

Synthèse

Nous ferons – à partir des extraits de la semaine 11 et d'extrait donné ci-dessous – une révision des verbes à postposition, des aspects, du nombre, des expressions figées, des registres, du gain, de la perte, des verbes, de l'équivalence, de l'adaptation, de la traduction humaine/automatique, de la traduction médiatique et de la traduction littéraire, ou du moins de ce qui se trouve de pertinent dans les extraits mentionnés ci-dessus.

Michel Tournier, Les Météores, 1975Trad. Anne Carter, Gemini, 1982
MONTRÉAL

C'est bien l'image du Canada, telle que je la vois prendre forme peu à peu depuis Vancouver. Car le vide de la Prairie n'est pas absent de ces larges rues, de ces groupes de buildings de verre fumé, de ce fleuve trop puissant, de ces parkings, de ces magasins, de ces restaurants. Simplement il a pris une autre forme, il s'est urbanisé. La chaleur humaine, le contact animal, le sentiment d'une certaine promiscuité avec des gens divers, avec des races multiples sont totalement absents de cette énorme cité. Pourtant la vie est là, vibrante, éclatante, éblouissante. Montréal ou la ville électrique.

J'en ai eu la révélation à peine le garçon de l'hôtel avait refermé sur moi la porte de ma chambre. Par une grande baie vitrée, je ne voyais que les mille fenêtres d'un gratte-ciel au sommet invisible. Des bureaux, des bureaux, des bureaux. Et tous déserts à cette heure, et tous éclairés a giorno, et l'on distingue en chacun la même table métallique, le même fauteuil pivotant, et à côté pour la secrétaire la machine à écrire sous un capuchon jaune, et derrière, l'armoire de fer remplie de dossiers.
...

Quelques heures de sommeil agité. Tout mon corps habitué aux mouvements du train est déconcerté par l'immobilité de ce lit. Les bureaux ne sont plus déserts. Des petites bonnes femmes en blouse grise, coiffées de bonnets blancs balaient, essuient, vident les corbeilles à papier.
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Ce n'est pas sans profit que j'ai assimilé la leçon japonaise avant de traverser le Canada. En vérité ces deux pays s'éclairent l'un l'autre, et j'applique utilement la grille japonaise à la tablature canadienne.

Comme le Japonais, le Canadien est en proie à un problème d'espace. Mais tandis que l'un souffre à l'étroit dans le morcellement d'un archipel trop petit, l'autre titube de vertige au milieu de ses plaines immenses. Plus d'un trait découle de cette opposition qui fait du Canada un anti-Japon. Le Japonais ne craint ni le vent, ni le froid. Dans sa maison de papier, tout à fait impropre au chauffage, le vent entre et sort comme chez lui. Tout au contraire rappelle ici, même en été, que les hivers sont redoutés. Les toits des maisons dépourvus de chéneaux parce que la glace et la neige les arracheraient en s'écroulant. Les magasins, garages et galeries marchandes souterrains qui suggèrent que les citadins mènent huit mois par an une vie de taupe, passant de leur maison à leur voiture, aux lieux d'achats et de travail sans mettre le nez dehors. Les vestibules-vestiaires à quadruples portes qui forment à l'entrée des maisons un sas où l'on s'habille longuement avant de sortir, où l'on se déshabille patiemment avant d'entrer. Et il n'est pas jusqu'à la boulimie généralisée qui fait bâfrer le Canadien à toute heure du jour ou de la nuit, et qui n'est qu'un réflexe de défense contre les immensités environnantes où hurle un vent glacé.

Contre l'angoisse obsidionale, le Japonais a inventé le jardin, le jardin miniature, et aussi l'ikebana ou art de l'arrangement floral. Ce sont des manières d'ouvrir dans l'espace surchargé des vides habités par des constructions légères, spirituelles et désintéressées.

Contre l'abîme horizontal, le Canadien a inventé le Canadian Pacific Railway. Que faire en effet, sinon tenter d'innerver cette terre immense, de la couvrir d'un réseau nerveux aux mailles d'abord très lâches, mais de plus en plus étroites, de plus en plus serrées ?

MONTREAL

This is the very image of Canada as I have seen it gradually taking shape ever since Vancouver. For the emptiness of the prairie is still present in these broad streets, in these groups of smoked-glass buildings, this mighty river, these parking lots and shops and restaurants. It has simply taken on a different form, become urbanized. Human warmth, animal contact and the sense of all sorts of people, of many different races, is quite missing from this huge city. Yet life there is, vibrant, explosive and dazzling. Montreal, or the electric city.

The revelation came to me almost before the hotel porter closed the door of my room on me. Outside the big glass bay I could see only the myriad windows of a skyscraper whose top was out of sight. Offices, offices and more offices. At this hour all of them deserted and all as bright as day, so that each one could be seen to contain the same metal desk, the same swivel chair, with the secretary's typewriter under a yellow cover to one side and the metal filing cabinet behind.
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A few hours' restless sleep. My body, used to the movement of the train, is completely disrupted by the stillness of this bed. The offices are no longer deserted. Charwomen in gray overalls with white caps on their heads are sweeping, dusting, emptying waste-paper baskets.
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The lessons I learned in Japan before I crossed Canada have not been wasted on me. In fact, the two countries throw light on one another, and I am usefully applying the Japanese graph to the Canadian chart.

Like the Japanese, the Canadian suffers from a space problem. But while the first is cramped into a tiny, scattered archipelago, the second is reeling with vertigo in the midst of his vast plains. This contrast, which makes Canada an anti-Japan, is responsible for more than one characteristic feature. The Japanese is not afraid of wind or cold. In his paper house, quite unsuitable to any form of heating, the wind comes and goes as it likes. Here, on the other hand, even in summer, one is constantly reminded that the winters are formidable. The roofs of the houses have no gutters because slides of snow and ice would rip them off. Shops, garages and shopping centers are built underground, suggesting that for eight months of the year the citizens lead molelike lives, going from homes to cars, to shops and places of work without ever putting their noses out of doors. To get into the houses one passes through hall-cloakrooms with four doors, airlocks for the prolonged dressing up before going out and the patient undressing before coming in. And even the morbid hunger which has the Canadian stuffing himself at all hours of the day and night, even that is only a defense mechanism against the surrounding vastness and the icy winds howling across it.

To counter the terrors of the besieged, the Japanese invented the garden, the miniature garden and also ikebana, the art of flower arrangement. All are ways of making openings in overcrowded spaces, openings inhabited by structures which are light, witty and detached.

To counter the horizontal abyss, the Canadians dreamed up the Canadian Pacific Railway. What else could they do, indeed, but try to innervate their vast territory, to cover it with a network of nerves, at first very loosely woven but drawing tighter and tighter, closer and closer together?