FRE 375 Comparative Stylistics
2e trimestre 2008-2009

Traduction humaine et traduction automatique

Jusqu'il y a environ 50 ans, la traduction n'était qu'humaine et ne pouvait être faite que par le cerveau humain à l'aide, au besoin, de dictionnaires et de grammaires. Puis arrivèrent les années 1960, pendant lesquelles on croyait que tout était possible, dont la confection de machines capables d'aider ou même de remplacer l'être humain dans des tâches fastidieuses comme la traduction. Il y avait des gens qui pensaient que le jour viendrait où on se bronzerait assis confortablement dans sa chaise longue à siroter un martini servi par un domestique robot pendant que diverses machines exécuteraient, discrètement, des tâches ennuyeuses comme la lessive, la cuisine ou la traduction (voir certains romans ou films de science fiction des années 1960). Certains gouvernements financèrent des projets de confection de programmes et de machines capables de faire de la traduction automatique, comme, par exemple, un programme lancé à l'université de Grenoble. La Canada n'est pas resté à la traine et l'université de Montréal initia un programme ambitieux de traduction automatique.

On s'est assez vite rendu compte du fait que le langage humain, comme le cerveau humain, est très complexe, bien plus complexe, par exemple, que le jeu d'échecs, avec ses millions de possibilités, pour lequel IBM a réussi à programmer un très gros ordinateur capable de battre le champion du monde. On constate aujourd'hui que la traduction automatique peut compter un assez petit nombre de succès : la traduction anglais-français d'un manuel de maintien d'un modèle d'avion Lockheed (rédigé dans une langue sans ambiguïté au vocabulaire réduit) ; la traduction anglais-français ou français-anglais de bulletins météorologiques (dont la phrastique et le vocabulaire sont très réduits et formulaires) ; la traduction rudimentaire (le programme s'appelle "traduction brute"), entre les différentes langues officielles, de documents de travail utilisés par les employés de l'Union européenne à Bruxelles ou à Strasbourg.

La "traduction brute" donne la clé du lancement de la traduction automatique offerte dans le Web par des moteurs de recherche. Cette traduction était conçue comme un outil permettant à l'usager de prendre grossièrement connaissance du contenu d'un document où d'un site rédigé dans une langue qu'il ne maîtrisait pas. Elle n'avait pas l'ambition de produire une fidélité au texte de départ rédigée dans une langue correcte et idiomatique. Les naïfs ne manquent pas pourtant (histoire d'un collègue de l'université de Toronto).

Entre la traduction purement humaine et la traduction purement automatique, on peut situer la traduction assistée par ordinateur (TAO, ou CAT en anglais). C'est une approche où le traducteur humain, assis devant son ordinateur, se fait aider par un programme ayant une grammaire et un dictionnaire informatisés qui lui propose des traductions qu'il accepte ou refuse.

Analyse des problèmes potentiels pour la traduction automatique de quelques phrases ou constructions déjà examinées dans le cours FRE 375

1. He put out the cat. / He put the cat out. / She put out the fire. / She put the fire out.
=> Le verbe put out a ici deux sens : "place outside" and "extinguish" ; la postposition out peut se placer soit avant le complément d'objet direct ("the cat", "the fire"), soit après.
2. He took the picture down. / She took the picture down the hill.
=> Le verbe take down ("... the picture") n'est pas le même que le verbe take ("... the picture down the hill") ; dans la deuxième phrase, le mot down fonctionne comme préposition (régissant "the hill").
3. Anne jouait avec sa chienne. / Robert jouait avec sa chienne.
=> Le lecteur humain voit dans "Anne" un être humain féminin et dans "Robert" une personne de sexe masculin ; en français on utilise chien pour un animal de sexe masculin et chienne pour un animal de sexe féminin ; le possessif "sa" s'accorde avec le nom indiquant le possédé ("chienne") et non avec le nom ou pronom désignant le possesseur ("Anne", "Robert").
4. Anne was singing, happy as a lark.
=> "Anne" serait donc une petite ou jeune fille ou une femme et elle est très heureuse et sans souci, ce qu'exprime l'expression figée "happy as a lark".
5. The celebrated violinist died of a heart attack yesterday at the age of eighty-two.
=> On ne sait pas s'il s'agit d'un ou d'une violoniste ; l'anglais laisse implicite aussi la précision qu'il s'agit d'un âge calculé en années et non en mois ou en décennies, par exemple.
6. Il a monté les marches de l'escalier. / La concierge a monté le courrier des locataires.
=> Le verbe monter a ici deux sens : dans la première phrase, les marches ne bougent pas mais sont le moyen utilisé par l'agent sujet ("il") de s'élever verticalement pour aller de A en bas jusqu'à B en haut ; dans la deuxième phrase, le courriel s'élève en même temps que l'agent sujet ("la concierge") puisque celui-ci le tient dans la main. Dans les deux cas le sujet s'élève.
7. Anne s'est cassé le bras.
=> C'est le bras d'Anne qui est cassé ; la possession est signalé par l'emploi du verbe pronominal ou réfléchi ("s'est cassé").
8. Put out the light in my room when you come up, please.
=> Put out est utilisé dans le sens d'"extinguish" de la phrase n° 1 ; dans un contexte présent-futur, l'anglais utilise le présent après les conjonctions when, as soon as, etc.
9. Une taille au-dessous. / Quelle est votre tour de taille ?
=> Le mot taille a ici deux sens : "dimension" et "partie médiane du corps humain".
10. Fill her up !
=> Cette phrase figée n'a de sens qu'employée dans une station service ; le "her" est une voiture (et non une personne) et le complément d'objet indirect implicite du verbe fill up est "(with) gas" (ou "gasoline").

Exercice 1

Analysez les fautes commises par le traducteur automatique de Google.

1. He put out the cat. / He put the cat out. / She put out the fire. / She put the fire out.
=> ("Google Translate. Beta") Il a mis sur le chat. / Il a mis sur le chat. / Elle a mis le feu. / Elle a mis le feu.
2. He took the picture down. / She took the picture down the hill.
=> (Google) Il a pris la photo vers le bas. / Elle a pris la photo en bas de la colline.
3. Anne jouait avec sa chienne. / Robert jouait avec sa chienne. / Pat jouait avec sa chienne.
=> (Google) Anne playing with her dog. / Robert was playing with his dog. / Pat was playing with his dog.
4. Anne was singing, happy as a lark.
=> (Google) Anne a été de chanter, heureux comme une alouette.
5. The celebrated violinist died of a heart attack yesterday at the age of eighty-two.
=> (Google) Le célèbre violoniste est décédé d'une crise cardiaque hier à l'âge de quatre-vingt-deux.
6. Il a monté les marches de l'escalier. / La concierge a monté le courrier des locataires.
=> (Google) He mounted the steps of the staircase. / The concierge went up the courier tenants.
7. Anne s'est cassé le bras.
=> (Google) Anne broke her arm.
8. Put out the light in my room when you come up, please.
=> (Google) Mettre la lumière dans ma chambre quand vous venez en place, s'il vous plaît.
9. Une taille au-dessous. / Quelle est votre tour de taille?
=> (Google) A size below. / What is your waist?
10. Fill her up!
=> (Google) Remplissez-la!

Exercice 2

Ci-dessous vous trouverez deux versions du serment du mariage, l'une française de tradition catholique, l'autre anglaise de tradition anglicane basée sur le Common Book of Prayer. Analysez les fautes commises par le traducteur automatique de Google.

1. Olivier: Marie, veux-tu être ma femme? / Marie: Oui, je le veux. Et toi Olivier, veux-tu être mon mari? / Olivier: Oui, je le veux. / Marie: Je te reçois comme époux et je me donne à toi pour t’aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie. / Olivier: Je te reçois comme épouse et je me donne à toi pour t’aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie.
=> (Google) Olivier: Mary, will you be my wife? / Marie: I do. And you Olivier, do you want to be my husband? / Olivier: Yes, I want it. / Marie: I like getting my husband and I gave you to love you faithfully in happiness and in trials throughout our lives. / Olivier: I receive as a wife and I give you to love you faithfully in happiness and in trials throughout our lives.

2. I, Olivier, take you, Marie, to be my wife, to have and to hold from this day forward, for better or for worse, for richer, for poorer, in sickness and in health, to love and to cherish; from this day forward until death do us part. / I, Marie, take you, Olivier, to be my husband, to have and to hold from this day forward, for better or for worse, for richer, for poorer, in sickness and in health, to love and to cherish; from this day forward until death do us part.
=> (Google) I, Olivier, vous, Marie, à mon épouse, d'avoir et de tenir à partir de ce jour, pour le meilleur ou pour le pire, pour les riches, pour les plus pauvres, dans la maladie et dans la santé, à aimer et à chérir, à partir de ce jours avant jusqu'à ce que la mort nous sépare. / I, Marie, vous, Olivier, à mon mari, d'avoir et de tenir à partir de ce jour, pour le meilleur ou pour le pire, pour les riches, pour les plus pauvres, dans la maladie et en matière de santé, d'aimer et d'aimer, de ce jour avant jusqu'à ce que la mort nous sépare.

Exercice 3

Vous trouverez ci-dessous le début d'un article paru dans le magazine canadien L'actualité et la traduction proposée par le logiciel de traduction ReversoPro, dont est reproduit ici le texte rendu en mode "automatique" et non "interactif" (dans ce dernier mode, le logiciel offre la traduction d'une phrase ou partie de phrase, avec variantes, puis attend que le traducteur humain accepte/rejette/modifie avant d'aller plus loin). Analysez les fautes commises par le traducteur automatique ReversoPro.

Texte de départ Texte d'arrivée de ReversoPro

God Save la cuisine anglaise!

(par Vera Murray, L'actualité, 15 avril 1997)

Si c'est tiède, c'est de la bière, si c'est froid, c'est de la soupe! dit-on de la cuisine britannique. Mais les choses pourraient changer: Delia Smith s'est donné pour mission d'apprendre à ses compatriotes à faire la popote.

God Save the English kitchen!

(By Vera Murray, current events, in April 15, 1997)

If it is tepid, it is some beer, if it is cold, it is some soup! As we are said with the British kitchen. But things could change: Delia Smith gave himself for mission to teach his fellow countrymen to make the popote.

Exercice 4

Et, pour finir, voici le début d'un article paru dans le journal montréalais Le Devoir avec deux traductions automatiques proposées, d'une part par ReversoPro, d'autre part par Google. Analysez les fautes commises par les traducteurs automatiques ReversoPro et Google.

Texte de départ Traduction de ReversoPro Traduction de Google

Michel Petrucciani n'est plus

Il avait les os fragiles comme du cristal... Il deviendra un virtuose du jazz célèbre dans le monde entier

(Serge Truffaut, Le Devoir, 7 janvier 1999)

Michel Petrucciani is not any more

It{*he*} had bones fragile as crystal... He will become a virtuoso of the world-famous jazz

(Serge Truffaut, Duty, in January 7, 1999)

Michel Petrucciani is not any more

He had the fragile bones like crystal... He will become a virtuoso of the famous jazz in the whole world

(Serge Truffaut, the Duty , January 7, 1999)

Michel Petrucciani est mort. Il était pianiste de jazz. Héritier de Bill Evans pour le lyrisme et d'Oscar Peterson pour la virtuosité, Petrucciani n'aura laissé personne indifférent. Michel Petrucciani died. He was a pianist of jazz. Heir of Bill Evans for the lyric and Oscar Peterson for the virtuosity, Petrucciani will not have left anybody indifferent. Michel Petrucciani died. He was a pianist of jazz. Heir to Bill Evans for lyricism and Peterson Oscar for virtuosity, Petrucciani will not have left anybody indifferent.