1. Résumé de la genèse typologique du DLF

La genèse des dictionnaires latin-français et français-latin de Robert Estienne est étudiée en détail dans Wooldridge 1977/1997. Nous en rappelons ici l'essentiel pour ce qui est des dictionnaires à entrée latine.

L'intention d'Estienne en publiant son premier dictionnaire, le Dictionarium, seu Latinae linguae Thesaurus de 1531, fut de corriger, pour ses studieux lecteurs ("studiosis lectoribus"), le dictionnaire de Calepinus en rendant son exactitude philologique au latin classique. Dans sa préface, Estienne précise que les équivalences françaises ("Cum Gallice ferè interpretatione") sont là lorsqu'il est nécessaire de pallier le latin défaillant. Suite à des remarques critiques concernant l'inclusion du français, Estienne réduit considérablement la place de celui-ci dans la deuxième édition, qu'il publie en 1536. Les "docti" ont dorénavant le Thesaurus, les "indocti" (préface de 1536) auront le Dictionarium latinogallicum.

La première édition du Dictionarium Latinogallicum, un abrégé du Thesaurus fait pour le "soulagement de la ieunesse Francoise, qui est sur son commencement & bachelage de literature" (préface du Dictionaire francoislatin de 1539) – ce sont les "indocti" de 1536 –, avec l'ajout de nombreuses équivalences françaises, paraît en 1538. Les références d'auteurs, supprimées en 1538, sont rétablies dans la deuxième édition "multo locupletius" (1546). Comme Estienne avait fondé entre 1538 et 1546 un troisième volet de dictionnaires, le Dictionariolum puerorum (1ère éd. 1542), et que la troisième édition du Thesaurus (1543) est résolument monolingue, le DLG de 1546 est désormais destiné aux studieux lecteurs de 1531. Les nombreuses additions latines et françaises de 1546 sont maintenues dans la troisième édition, légèrement enrichie, de 1552.

Le système tripartite d'Estienne est illustré dans deux tableaux dérivés de Wooldridge 1977/1997.