3. Composants lexicographiques

ArticleDéfinition et dénominationÉquivalenceArticulationIntention et situationExemple et ellipse

3.1. L'article

Héritant de certains procédés de la lexicographie médiévale, en les systématisant et les développant, en respectant ses sources et les nommant, Estienne fonde en 1531, à la fois la lexicographie moderne des langues classiques – le Thesaurus comme genre – et aussi la lexicographie bilingue (par la suite, le dictionnaire latin-français servira de modèle à toutes les lexicographies bilingues). Le Thesaurus de 1531, par sa nature mixte, contient tous les éléments qui se trouveront dans les éditions ultérieures du Thesaurus et dans le Dictionarium latinogallicum (comme aussi dans le Dictionaire françois-latin).

Article de base typique : BALANITIS

Remarques :
  • Le français sert ici de langue de définition au lieu de langue d'équivalence fonctionnelle.
  • L'exemple d'attestion sert à la fois d'exemple linguistique (informations sémantiques) et d'exemple encyclopédique (informations sur la chose).

    L'article BALANITIS verra par la suite :

  • a) (en 1536) sa définition française remplacée par une définition latine ("Castaneae genus") et l'ajout d'un vrai équivalent fonctionnel français ("Vng marron") ;
  • b) (en 1538) la suppression momentanée de l'indication de la source du latin ;
  • c) (en 1546) le rétablissement de l'indication de source et l'ajout d'une indication de la place de l'accent tonique ("pe. pro.").

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    3.2. La définition et la dénomination

    Pour la définition, il y a plusieurs cas de figure :
  • 1. La définition peut être rédigée en langue 1 (latin) ou en langue 2 (français).
  • 2. Elle peut être rédigée en latin et en français.
  • 3. Elle peut se faire par extension (espèces) ou en compréhension.
  • 4. On trouve des cumuls de définitions – et d'équivalents – en français ; en 1531, le cumul fonctionne essentiellement de la même manière que l'extension pour couvrir tout le champ sémantique du latin plutôt que pour offrir des traductions fonctionnelles en français (cf. 3.3, ajout d'équivalents).
  • 5. La définition peut être développée pour cerner le champ sémantique du mot tout comme le champ encyclopédique du référent.
  • 6. Ajoutons le cas de la répétition de définitions complètes pour chaque membre d'une famille lexicale (procédé typique de la lexicographie de la Renaissance, par opposition à l'économie de la dictionnairique moderne où le mot encroûter sera défini "couvrir d'une croûte").

    Dans le DLF, de nombreuses définitions françaises sont suivies d'une ou de plusieurs dénominations fonctionnant comme équivalents de l'adresse latine. Prenons les articles BASIS et BATIS.

  • Dans le Thesaurus de 1531, le mot basis est défini en français "Lassiete & soubbassement sur quoy on pose les coulomnes, statues, & autres telles choses". En 1536 cette définition française est remplacée par une définition latine et il est ajouté un équivalent : "Vng soubassement". Le DLG restitue, en l'abrégeant, la définition française en 1538 ; ajoute l'équivalent de 1536 en 1546 et un deuxième équivalent ("Base") en 1552. De cette façon, DLG 1538 et DLG 1552 dénomment en français le signe préalablement défini en français et dénommé en latin.
  • Pour le mot batis, le définisseur hyperonymique latin "genus herbae" (1536) est, dans le DLG, traduit – "Vne sorte d'herbe" – et dénommé en français : "qu'on appelle de la bacille, ou creste marine" (1538) + "Aucuns l'appellent Percepierre" (1552).
    C'est par la dénomination que le dictionnaire latin-français acquiert secondairement le statut de dictionnaire de thème (langue visée = le français) à côté de sa fonction principale de dictionnaire de version.

    La séquence définition + dénomination est fréquente dans le Thesaurus de 1531, comme elle le sera aussi dans le DLG et le DFL.

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    3.3. L'équivalence

    L'équivalence peut être synonymique (il s'agit des équivalents traditionnels), antonymique ou hyperonymique. Nous citons encore le Thesaurus de 1531.
  • 1a. Après les exemples que nous avons donnés de listes d'équivalents synonymiques, on peut citer encore les articles CALAMITAS et CERTO.
  • 1b. Ajoutons le cas de la mise en équivalence synonymique pour un terme latin autre que le mot-adresse.
  • 2. L'indication d'antonymies du côté du français est naturellement bien plus rare, mais on peut citer quelques articles.
  • 3. Nous avons déjà cité des occurrences de définitions hyperonymiques. Les articles CICERA, COLOBIVM, CICER, CICERVLA, CICONIA, COLOCASIA, BALANVS, BALANVS, BAPTES, BDELLIVM comprennent les hyperonymes legumen, tunica, pois, mesure, herbe, poisson, chastaigne, pierre, arbre et les définisseurs hyponymiques genus, sorte, maniere, espece.

  • Pour 1a, le DLG aligne moins d'équivalents synonymiques dans les deux exemples retenus. Cependant on trouve de longues listes de ce type ailleurs ; par exemple, dans DLG 1552 : "De diuerses couleurs, Bigarré, Tavelé, Moucheté, Tacheté, Griuolé, Martelé, Marqueté, Picquoté." (s.v. VARIVS), "Bigarrer, Peincturer, Taueler, Tacheter, Griuoler, Marqueter, Marteler, Picquoter, Faire de diuerses couleurs." (s.v. VARIO), "Varieté, Diuersité, Bigarrure de couleurs, Tauelure, Tacheture, Griuolure." (s.v. VARIETAS).
  • Le type 1b est naturellement absent du DLG, qui est typologiquement une simple mise en équation bilingue. Ce type de commentaire mixte qu'on trouve dans le Thesaurus, surtout dans la première édition, se retrouvera trois quarts de siècle plus tard dans le Thresor de Nicot.
  • On dira la même chose du type 2.
  • Le type 3 est typique et du Thesaurus et du DLG (comme après et du DFL et du Thresor). Le DLG est typiquement un peu moins prolixe et un peu plus dénominatif.

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    3.4. L'articulation explicite des composants

    Dans le Thesaurus de 1531, l'articulation des composants de l'article est le plus souvent assurée par l'ordre et le signifié des mots (ce n'est qu'à partir du Thesaurus de 1536 qu'Estienne pratique dans ses dictionnaires la mise en italique pour le français). L'articulation est parfois explicitée linguistiquement :
  • 1. Explicitation de la copule de l'équation sémique : significat, signifie, c'est. On notera s.v. ALES la séquence a) marque d'usage en latin, b) copule latine, c) définition française.
  • 2. Explicitation de la copule de l'équation sémique : Gallice, nostrates.
  • 3. Explicitation de la copule de l'équation sémique : 1 + 2. On remarque l'emploi des formules "Gallice dicitur", "Gallice dicimus", "gallice vocamus".
  • 4. Ordonnateurs sémantiques en cas de polysémie. La plupart des exemples présentés ici contiennent des ordonnateurs français.
  • 5. Articulation de l'article assurée par le français, parfois en tandem avec le latin. On remarque surtout la subordination du latin au français dans les deux exemples d'une définition française suivie d'un exemple latin (s.v. ACTIO, ALMVS).

    Encore une fois, le discours lexicographique est caractéristique du genre mixte que constitue le Thesaurus de 1531 et que constituera plus tard le Thresor de la langue françoyse. Pour clore ce paragraphe, nous offrons une liste de séquences mixtes de toutes sortes, dont une analyse (en formules abrégées) est proposée entre parenthèses à la suite de chacune.

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    3.5. Intention et situation

    L'intention concerne la prise de parole, alors que la situation concerne les actants.
  • 1. Parmi les formules marquant l'intention : par admiration, que disent ceulx qui pleurent, quant on loue ou vitupere, quant on veult faire, par mocquerie, etc.
  • 2. Dans les trois situations, il s'agit du sujet normal du verbe.

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    3.6. Exemple et ellipse

  • 1. Ellipse du français: s.v. CLAM et VT, des exemples sont donnés in extenso pour le latin, le français correspondant ne reprenant que la partie qui illustre l'emploi du mot-adresse.
  • 2. Ellipse du latin ? Sous l'article CIVILITER, faut-il conclure que l'exemple latin est elliptique par rapport à la traduction française, ou ne s'agit-il pas plutôt d'une explication en français du contexte latin ?

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