4. Le vocabulaire français

Mots sans issue (1)Mots sans issue (2)Français virtuelRégionalismesDomainesProverbesVariantes

Il ne sera question ici que du français qui, d'une façon ou d'une autre, est marqué : marqué par rapport au dictionnaire français-latin (DFL, Thresor, GDFL) puisqu'il n'y passe pas ; vocabulaire particulier à une édition du DLF ; français virtuel donné en latin ; mots marqués vulgo ; régionalismes ; marques de domaines d'emploi ; marques d'emploi proverbial ; variantes graphiques.

4.1. Mots qui ne sortent pas du DLF

Par "mots qui ne sortent pas du DLF", nous entendons "mots qui ne sont pas repris ou répertoriés par les autres dictionnaires du Corpus Estienne-Nicot (corpus EN)", c'est-à-dire, le Dictionaire françois-latin (DFL), le Thresor de la langue françoyse et le Grand dictionaire françois-latin (GDFL). Ne passent pas dans le DLG des équivalents français de mots et expressions latins jugés trop marginaux pour ce dernier. Ne passent plus du DLG au DFL des mots ajoutés après le départ de Paris d'Estienne pour s'exiler à Genève (en 1550).

En l'absence d'un relevé systématique, nous renvoyons à Baldinger 1982 pour l'examen de ce type de vocabulaire dans le Thesaurus de 1531 (mais cf. 4.2 ci-dessous), nous contentant ici de donner quelques exemples pris dans DLG 1552 : il s'agit de mots français sous les mots latins en A- du Corpus analytique de termes botaniques de Wooldridge 2001.

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4.2. Mots particuliers à une sous-série

Sur le plan de corpus lexicaux français distinctifs, on peut parler de trois sous-séries : le Thesaurus de 1531, qui met le français au service d'un dictionnaire mi-thesaurus latin, mi-dictionnaire bilingue ; le Thesaurus de 1536, qui tolère le français dans un dictionnaire se voulant monolingue ; le Dictionarium latinogallicum, qui est résolument un dictionnaire bilingue s'enrichissant d'une édition à l'autre. Quel est donc le vocabulaire français particulier à chacune de ces séries, les mots qui ne passent pas d'une sous-série à l'autre ou qui sont nouveaux par rapport à l'ouvrage précédent?

L'article BACCAR / BACCHAR offre des spécificités pour chacune des trois sous-séries ainsi définies. Le Thesaurus de 1531 propose lavande sauvage comme dénomination française de baccar ; le Thesaurus de 1536 corrige l'équivalence en donnant oeillet ; le DLG ne retient ni la traduction de 1531, ni celle de 1536, et propose plutôt gans nostre Dame. Du côté du dictionnaire français-latin, dérivé du DLG, c'est le troisième équivalent qui y est consigné ; oeillet y est donné comme équivalent du latin betonica, alors que lavande sauvage ne se retrouve plus après 1531.

Citons d'autres cas pris dans l'échantillon Ba- :

  • 1531. BALBVS et BALBVTIO : le Thesaurus de 1531 donne typiquement des équivalents français plus développés que les éditions suivantes (Thes 1536, DLG). Aussi "qui ha la langue empeschee & menge ses mots, & en laisse" et "parler confusement" manquent-ils aux autres ; avoir la langue empeschee manque également au dictionnaire français-latin, lequel ne donne que confuse loqui comme équivalent latin de parler confusément. (Voir aussi BALTEVS.) BAPTES : on n'y trouve du français qu'en 1531 ; la deuxième édition du Thesaurus traduit en latin le français de 1531, le DLG omet l'article. BARRVS : bien que toutes les éditions contiennent cet item, exceptionnellement seul le Thesaurus de 1531 donne un équivalent français. (C'est le contraire s.v. BARRIRE.)
  • 1536. BASILISCVS : le Thesaurus de 1536 est la seule édition à proposer l'équivalent cocatrix, que l'on ne retrouvera donc pas dans le dictionnaire français-latin. Il est rare que la deuxième édition du Thesaurus donne du français exclusif ; mentionnons pourtant Hollandoys & Brabanzons et Oreille de Brabanzons s.v. BATAVVS, article non retenu par le DLG.
  • DLG. BACCHANAL : seul le DLG offre des équivalents français. Voir aussi BACCHANALIA, BACCHATIO, etc. (On pourrait multiplier les exemples d'articles qui manquent au Thesaurus de 1531 ou qui ne sont traités qu'en latin par celui de 1536.)

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    4.3. Français virtuel

    Il s'agit de mots français donnés sous une forme latine (nous citons principalement des cas se trouvant dans le Thesaurus).

    1. Mots présentés comme français :

  • a) réalisés dans le même item ;
  • b) réalisés ailleurs dans le corpus EN ;
  • c) non réalisés dans le corpus EN.

    2. Qualifiés de vulgus ou vulgo :

  • a) réalisés dans le même item ;
  • b) réalisés ailleurs dans le corpus EN.

    3. Qualifiés de terme technique :

  • a) réalisés dans le même item ;
  • b) réalisés ailleurs dans le corpus EN.

    4 Mots non marqués :

  • a) réalisés dans le même item ;
  • b) réalisés ailleurs dans le corpus EN.

    On trouvera quantité d'autres exemples dans Wooldridge 2001.

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    4.4. Régionalismes

    Nous avons, de façon non exhaustive, relevé un certain nombre d'indications de mots qui sont, plus ou moins, des régionalismes. En l'absence d'un discours lexicographique systématique et clair, il est parfois difficile de distinguer mention de mot et mention de référent. Ce relevé est organisé ici selon les ensembles suivants : Aquitaine ; Languedoc ; Lyonnais ; Marseille ; Montagnards ; Montpellier ; Narbonne ; Paris ; Picardie ; Provence ; Rustici, rustri ; Villageois ; "Aucuns... autres".

    Il constitue surtout des matériaux que chacun est libre d'exploiter et d'approfondir. Ne seront évoquées ici que quelques remarques d'ordre général, notamment concernant les oppositions.

    Tantôt l'usage régional est opposé à un usage général (ex. Aquitaine: mousseron), tantôt il n'est opposé à aucune autre dénomination en français (ex. Aquitaine: catons). Nous avons inclus des usages géographiquement ou démographiquement dispersés – "les montaignars", "rustici", "les villageois" – qui supposent une certaine restriction régionale. Nous avons enfin ajouté un début de rubrique "aucuns... autres", qui pose le problème général de la dénomination multiple, qu'elle soit verticale (socio-professionnelle) ou horizontale (géographique).

    Voici une liste d'oppostions explicites tirées du relevé : picard vs. Languedoc (voir pastel) ; Picardie vs. France (bouquet) ; aucuns vs. picard (hulotte) ; Venitiens vs. montaignars (melze) ; Normandie vs. Paris (diabolus) ; Paris vs. apoticaires (herba sancti Innocentis) ; vulgus Parrhisinorum vs. quidam vs. nonnulli (porre) ; nostri rustri vs. alii (hocheton) ; officinae/apoticaires vs. rustici/rustiques (marone, poevrette) ; aucuns vs. les autres (brusc) ; aucuns vs. les autres vs. les autres (esperits de nuyt).

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    4.5. Domaines d'emploi

    Dans les années 1530, la lexicographie française n'est que balbutiante, le vocabulaire technique vernaculaire ne commence qu'à exister et à se nommer. Dans ce domaine, l'influence de Guillaume Budé est considérable et ses écrits vont nourrir les dictionnaires d'Estienne à partir du Thesaurus de 1536, puis dans les dictionnaires bilingues des années 1540 et au-delà. Mentionnons en particulier les termes de pratique (cf. Wooldridge 1977/1997) et les termes d'architecture (ces derniers explorés en détail dans Wooldridge 1996/1997) ; un autre grand domaine ayant un vocabulaire riche et mouvant, mi latin, mi vernaculaire, est celui de la botanique qu'Estienne creuse en particulier dans le DLG de 1546 et 1552 (voir l'étude détaillée contenue dans Wooldridge 2001).

    Cela étant, nous ne montrerons ici qu'une très courte liste de marques d'emploi technique concernant le français relevées dans le Thesaurus de 1531 et le DLG de 1552.

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    4.6. Proverbes

    Thesaurus 1531 qualifie plusieurs expressions françaises de proverbiales, marque qui disparaît dans les éditions et dictionnaires ultérieurs.

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    4.7. Variantes

    L'orthographe (terme abusif d'un point de vue moderne) de la Renaissance est très variable et peut paraître fantaisiste, quoique gouvernée par l'usage et par des considérations phonétiques, d'un côté, ou étymologiques, de l'autre. La prise en compte des variantes graphiques est particulièrement importante lorsqu'on veut consulter la base interactive des dictionnaires d'Estienne et de Nicot (Wooldridge 2000).

    Nous offrons une liste typologique d'alternances typiques et d'exemples de variantes graphiques françaises du Thesaurus et du Dictionarium latinogallicum d'Estienne. Cette liste fait pendant à un document semblable élaboré pour le Thresor de la langue françoyse de Nicot (Wooldridge 1996, section 3.3).

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